Par Susan Button, au nom du Comité du centenaire

Carrie Derick
Laquelle des membres fondatrices de notre club a interpellé le premier ministre du Québec, Sir Lomer Gouin, en 1915 au sujet de sa position sur la contraception, le poussant, selon la rumeur, à s’exclamer : « Comme elle me fait rougir, cette vieille fille de McGill ! »?
Carrie Derick a publiquement soutenu le contrôle des naissances, qui était illégal au Canada de 1891 à 1969. Ce n’est que le 1er juillet 1969 que la contraception a été dépénalisée dans le Code criminel, donnant ainsi à toutes les Canadiennes le droit d’éviter une grossesse sans commettre d’infraction pénale. Le projet de loi C-150, intitulé « Loi modifiant le Code criminel, 1968-1969 », comprenait également d’autres modifications, notamment la dépénalisation de l’homosexualité et la révision des lois sur l’avortement. (Certains lecteurs se souviendront de la célèbre défense de ces changements par le ministre de la Justice de l’époque, Pierre Trudeau : « L’État n’a pas sa place dans les chambres à coucher de la nation. »)
Carrie Derick était manifestement une pionnière, ainsi qu’une scientifique exceptionnelle : première femme professeure dans une université canadienne et fondatrice du département de génétique de l’université McGill.
Née à Clarenceville, au Québec, le 14 janvier 1862, Carrie Derick a obtenu sa licence à McGill en 1890, en tête de sa promotion en sciences naturelles, et s’est vu décerner la médaille d’or Logan. Parmi ses camarades de promotion figurait une autre étudiante qui allait également devenir membre fondatrice du CFUM, Maude Abbott.
Carrie Derick souhaitait poursuivre ses études en Europe. À l’université de Bonn, en Allemagne, elle mena à bien ses recherches, mais se vit refuser le doctorat en raison d’une politique interdisant l’octroi de ce titre aux femmes. Elle revint au département de botanique de l’université McGill et y travailla pendant sept ans, sans augmentation de salaire. En 1912, après avoir dirigé le département pendant trois ans, elle fut enfin nommée professeure de morphologie comparée et de génétique, devenant ainsi la première femme au Canada à être nommée professeure titulaire.
Carrie Derick milita en faveur de l’éducation des femmes, occupa le poste de présidente de l’Association pour le suffrage de Montréal et fut membre à vie du Conseil national des femmes. Elle est décédée le 10 novembre 1941. Véritable pionnière, elle a été désignée « personnalité historique nationale » en 2007. Une rue (la rue Carrie-Derick) porte son nom dans l’arrondissement du sud-ouest de Montréal.
Notes:
- McGill Reporter, 1er mars 2012 : Carrie Derick : La première femme professeure du Canada a enseigné à McGill – McGill Reporter (en anglais)
- Margaret Gillett : « We walked very warily : a history of women at McGill » (Montréal, Eden Press, 1981).