Par Susan Button, au nom du Comité du centenaire

Octavia Grace Ritchie
Qui a été la première femme à obtenir un diplôme de médecine au Québec ?
C’est l’une des membres fondatrices du CFDUM, Octavia Grace Ritchie England, qui a obtenu son diplôme de médecine à l’université Bishop’s en 1891.
En 1888, Octavia Grace Ritchie, l’une des « Donaldas », devint la première majore de promotion de McGill, c’est-à-dire la meilleure étudiante de sa promotion. Les étudiantes de cette première promotion furent surnommées les « Donaldas » en reconnaissance du don de 50 000 dollars de Sir Donald Smith (1er baron Strathcona et Mont Royal), qui permit de financer les deux premières années de cours réservés aux femmes. Il fit un don supplémentaire de 70 000 dollars en 1886 pour financer les troisième et quatrième années, complétant ainsi ce qui allait être connu sous le nom de « Donalda Endowment for the Higher Education of Women » (Fonds Donalda pour l’enseignement supérieur des femmes). En 1896, il tenu sa promesse de construire un collège distinct pour les étudiantes et donna 300 000 dollars pour la construction du Collège Royal Victoria (situé à l’angle des rues Université et Sherbrooke et désormais connu sous le nom de Pavillon de musique Strathcona avec un nouveau bâtiment attenant, le Pavillon de musique Elizabeth Wirth, nommé en l’honneur de notre chère et éminente membre du CFDUM, ancienne élève de McGill et philanthrope hors pair).
Dans son discours prononcé lors de la cérémonie de remise des diplômes, Octavia a remercié Sir Donald Smith pour sa contribution et a évoqué les progrès accomplis par les femmes pendant ses études en tant qu’une des premières femmes étudiantes à McGill. À l’époque, un débat opposait les partisans de la mixité, selon laquelle les deux sexes devaient se côtoyer dans les mêmes salles de classe, et ceux de la ségrégation, qui préconisaient que l’enseignement soit dispensé à des horaires différents pour les hommes et les femmes.
Certains estimaient également que les jeunes femmes n’étaient pas faites pour l’enseignement supérieur. La « Blue Stockings Society », un mouvement social et éducatif informel de femmes, apparu en Angleterre au milieu du XVIIIe siècle, mettait l’accent sur l’éducation et la coopération mutuelle. Dès le début des années 1750, Elizabeth Montagu commença à organiser des réunions intellectuelles, ou salons. Très vite, d’autres femmes fortunées et cultivées suivirent son exemple. Le terme « Blue Stocking » en vint à désigner une femme instruite et indépendante.
Comme l’explique Margaret Gillett dans son ouvrage We Walked Very Warily: A History of Women at McGill, pendant la majeure partie du XIXe siècle, ce terme a pris une connotation négative et les « Blue Stockings » sont devenues l’objet de mépris, voire de pitié. « Elle serait condamnée à une existence stérile et solitaire, célibataire et inapte au mariage, car qui voudrait d’une femme entêtée et à l’esprit fort ? Rien ne pourrait être pire. »(1)
Malgré certaines opinions en vigueur dans la société, Octavia a également profité de son discours pour plaider en faveur de l’admission des femmes à la faculté de médecine. À la fin de son discours, elle s’est adressée à la foule en ces termes : « Il faudrait mettre en place une formation médicale pour les femmes dans cette ville et dans cette province. Cela devra bien finir par se faire ; la seule question est de savoir quand. »(2)
Malgré le plaidoyer courageux d’Octavia, il faudra attendre encore trente ans avant que les femmes ne soient admises comme étudiantes en médecine à McGill.
Octavia souhaitait elle-même étudier la médecine à McGill, mais n’y parvenant pas, elle s’inscrivit au « Kingston Women’s Medical College », en Ontario. Plus tard, elle rejoignit l’université Bishop’s où elle acheva ses études de médecine en 1891. Elle devint ainsi la première femme au Québec à obtenir un diplôme de médecine.
Pendant ses études à Bishop’s, Octavia Grace Ritchie et son amie Maude Abbott, qui succéda à Octavia en tant que major de promotion de McGill en 1890 et obtint son diplôme de médecine en 1894 (elle fut également une éminente membre fondatrice du CFDUM), créèrent un groupe important. Il s’appelait l’Association pour la formation professionnelle des femmes). Ce groupe aidait d’autres femmes qui souhaitaient obtenir des diplômes supérieurs, en particulier en médecine.
Après des études à l’étranger, Octavia fut nommée gynécologue adjointe au « Western Hospital » (ouvert en 1874 sur la rue Dorchester et fusionné avec l’Hôpital général de Montréal en 1924) et chargée de cours en anatomie à l’Université Bishop’s. En 1897, Octavia épousa le Dr Frank Richardson England et le couple eut une fille, Esther, en 1905. Esther, connue sous le nom de Mme Eric Cushing, fut également membre fondatrice du CFDUM en 1927.
Octavia fut active au sein de groupes locaux, nationaux et internationaux promouvant des causes humanitaires et les droits des femmes. De 1911 à 1917, elle fut présidente du Conseil des femmes local. Elle a dirigé le Club libéral des femmes de Montréal à partir de 1921. Elle a également été vice-présidente du Conseil national des femmes du Canada. De plus, elle a voyagé pour représenter le Canada lors de réunions internationales. En 1914, elle a assisté à la réunion du Conseil international des femmes à Rome, en Italie, et en 1922, elle s’est rendue à la Conférence panaméricaine des femmes à Baltimore.
Octavia Grace Ritchie England est décédée en 1948 à l’âge de 80 ans.
En 1979, l’Association des anciennes élèves de l’Université McGill a créé la bourse Octavia Grace Ritchie England en sa mémoire.
Notes :
- Margaret Gillett: We Walked Very Warily: A History of Women at McGill (Montreal, Eden Press. 1981), page 13.
- Octavia Grace Ritchie: First female valedictorian – Bicentennial – McGill University